L’art contemporain : ce monstre sacré qui embrasse tous les domaines

 

Moderne, le MoMa l’a toujours été. C’est en tout cas l’histoire que la célèbre institution parisienne souhaite raconter à Paris. Fondé en 1929 à New York à l’initiative de trois femmes, Lillie P. Bliss, Mary Quinn Sullivan et Abby Aldrich Rockefeller, le Museum of Modern art de New York a su déceler les artistes avant-gardes du XXe siècle, alors rejetés par l’art académique de l’époque. Il s’est adapté à des pratiques artistiques en marge à leurs débuts comme le design et la photographie. Alfred H. Barr, le premier directeur du MoMA (de 1929 à 1943) avait un appétit vorace pour toute forme d’art et dirigea plus d’une centaine d’expositions. Il organise dès 1932 la première exposition d’architecture, Modern Architecture: International Exhibition, puis celle du Bauhaus en 1938, une autre consacrée au design industriel intitulée Machine Art en 1934 et la première rétrospective destinée à la photographie en 1937. Preuve de cette volonté visionnaire aujourd’hui, l’exposition met en scène des pièces de design contemporaines trouvant écho avec la sculpture de l’Oiseau dans l’espace, réalisée en 1928 par Constantin Brancusi, dès la première salle de la fondation Louis Vuitton. Embrassant de plus en plus de domaines, l’art contemporain n’a depuis cessé de se développer, de la danse jusqu’à la cuisine.

 

De l’avant-garde européenne à un art sans frontières

 

Le public se trouve aussi bien face à des peintures cubistes aux lignes géométriques comme dans L’Atelier (1927-1928) de Pablo Picasso que devant une toile figurative dévoilant une Maison près de la voie ferrée (1925) d’Edward Hopper. Cubistes, futuristes, dadaïstes, surréalistes et artistes abstraits se succèdent au fil des cimaises. Les visiteurs découvrent avec ravissement L’Espoir de Gustav Klimt, représentant une femme enceinte aux seins nus, la tête inclinée vers le bas, les paupières closes, entourée de motifs dorés propres à l’artiste autrichien, puis un ready-made d’une roue de bicyclette de Duchamp, un dripping de Pollock, et quelques salles plus loin, le pop art de Warhol avec sa série de boîtes de soupes Campbell. L’exposition révèle la passion du MoMa pour l’Europe et ses artistes tels que Matisse, De Chirico ou Magritte, ainsi que ses nombreuses acquisitions suite aux expositions organisées en leur honneur. Après la Seconde Guerre Mondiale, certains artistes européens se réfugient aux Etats-Unis, devenu au fur et à mesure le nouveau centre de l’art moderne. La relation privilégiée entre l’Europe et les Etats-Unis est davantage mise en avant que l’ouverture vers les nouveaux pôles de création, l’Asie en tête, dévoilée seulement dans les dernières salles. Le MoMa rate ici l’un des grands mouvements contemporains : l’art contemporain est de plus en plus multipolaire et ne peut se réduire à un voyage outre-Atlantique.

 

 

Porte-parole des minorités et féministe, le MoMa transgressif ?

 

Au-delà de la forme novatrice, le MoMa montre aussi son engagement dans la lutte pour les minorités ethniques avec des œuvres transgressives. La question du genre, au cœur des débats actuels, n’échappe pas au Musée d’art Moderne de New York. C’est le cas de Cindy Sherman, qui dans une série de photos, se met en scène en ménagère ou en working girl, pour questionner les stéréotypes de genre. L’exposition dévoile d’autres artistes novateurs, comme le créateur du drapeau arc-en-ciel à l’origine du mouvement gay, Gilbert Baker, ou le peintre Kerry James Marshall qui représente des personnages noirs dans ses œuvres, en témoigne la toile monumentale Untitled (Club Scene).

 

L'exposition de la Fondation Louis Vuitton met en scène le regard aiguisé du MoMa pour des oeuvres en marge à leurs débuts, devenues au fil de l'Histoire emblématiques. Mais le Moma a-t-il vraiment été le terreau de notre monde contemporain (art contemporain protéiforme, question des minorités et du genre) ou a-t-il réécrit son histoire en accord avec la vision du monde qui est aujourd’hui la nôtre ?

 

 

Exposition Etre moderne : Le MoMa à Paris à la Fondation Louis Vuitton jusqu'au 5 mars 2018.