25 Avril

Pourquoi Janelle Monáe va-t-elle mettre le monde à ses pieds ?

 

Avec son nouvel album de funk androïde, Dirty Computer, Janelle Monáe rend musicalement hommage à Prince, qui a travaillé sur son disque avant de rejoindre le ciel violet. Mais, dans ses paroles et dans ses clips, c'est la puissance des femmes que la musicienne engagée de 32 ans célèbre avec panache.

Par Violaine Schütz

Une musicienne avant-gardiste

 

Originaire de Kansas City, Janelle a eu envie de devenir musicienne pour deux raisons. La première ? Dorothy du Magicien d’Oz, sa fantaisie et ses chaussures pailletées. La deuxième ? L’environnement difficile qu'elle a connu enfant, engendrant le désir d'un monde parallèle, plus fantasmagorique. Le rêve devient réalité quand la songwriteuse emménage à Atlanta, en Géorgie. C'est là qu'elle rencontre un autre excentrique visionnaire, Big Boi d’Outkast, qui la fait chanter sur l’album Idlewild. Dans la foulée, Puff Daddy la signe sur son label, fasciné par sa singularité. En 2007, Monáe sort son premier travail solo, le très ambitieux Metropolis : Suite 1 inspiré par l'esthétique expressionniste de Fritz Lang. Deux ans plus tard, Janelle s'essaie à une nouvelle expérience avec le concept album The ArchAndroid. L'alter ego qu'elle a créé, l'androïde venue du futur Cindi Mayweather, tombe amoureuse d'un humain et se retrouve démembrée. Dans la vie, tout le monde tombe illico amoureux de cette fantasque version féminine de Prince en smoking qui se réclame d'Alfred Hitchcock, Joséphine Baker, Grace Jones, David Bowie, Michael Jackson, Philip K.Dick et James Brown. Sa grande force ? S'attaquer à des problématiques de société derrière l’univers SF et les morceaux de soul psyché, Cindi symbolisant une minorité victime de ségrégation traquée pour sa différence.

 

 

Tout le monde tombe illico amoureux de cette fantasque version féminine de Prince en smoking

Janelle Monáe – Make Me Feel

Une comédienne prometteuse

 

Avant de se consacrer à la musique, Monáe est partie étudier le théâtre à New York avec l’idée de devenir actrice. Et son charisme est tout aussi ravageur à l'écran où elle s’illustre avec des choix filmiques pertinents. Son visage juvénile illumine en effet le superbe Moonlight, Oscar du meilleur film en 2017. Elle incarne avec force l'une des héroïnes du film Les Figures de l'ombre, produit par Pharrell Williams. Acclamé par la critique, ce long-métrage conte l'histoire méconnue des trois scientifiques afro-américaines qui ont aidé les États-Unis à dominer la conquête spatiale. Et on l'attend dans The Women of Marwen, le prochain Robert Zemeckis (sortie annoncée en janvier 2019) aux côtés de Steve Carell et Leslie Mann. Le parcours d'un homme victime d'amnésie après une agression, qui, pour se soigner, se lance dans la construction de la réplique d'un village belge, durant la Seconde Guerre mondiale. Encore un scénario étrange et fascinant comme Janelle les aime dans ses disques, et sans doute dans la vie.

 

 

“Pynk célèbre la création. L’amour propre. La sexualité. Et le pussy power !

Janelle Monáe - PYNK

Une artiste engagée

 

En 2013, l’album Electry Lady (2013) vient confirmer le statut d’icône de Janelle, notamment dans un duo avec une autre reine de la soul mutante, Erykah Badu (Q.U.E.E.N.) et un autre avec l'audacieuse Solange Knowles. L’année d’après, elle reçoit un prix du Harvard College Women's Center pour son implication féministe. Femme d'affaires avertie à la tête de sa propre société (Wondaland) et activiste au sein des mouvements Black Lives Matter et Time's Up, son props est encore très politique sur Dirty Computer, un emotion picture” comme elle le définit elle-même – une histoire filmée mêlée à de la musique. Les tubes Make Me Feel et Django Jane sonnent comme des hymnes à la liberté sexuelle, au pouvoir du corps et aux femmes noires. Dans le clip de Pynk, elle porte – tel un étendard – un pantalon en forme de vagin couleur millennial pink, teinte emblématique de l’époque. Celle qui fut invitée par Obama à performer à la Maison-Blanche pour la Fête nationale y affirme sa vive opposition à l’Amérique de Trump qui menace ses droits. “Pynk célèbre la création. L’amour propre. La sexualité. Et le pussy power ! Pynk, c’est la couleur qui nous unit tous, puisque c’est la couleur que nous trouvons dans les recoins et les cavités les plus profonds et reculés du corps humain… Pynk, c’est là où le futur est né…

 

Dirty Computer (Wandaland/Bad Boys Records/Atlantic). Sortie le 27 avril.

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