Du 28 février au 27 mai, la Barbican Art Gallery de Londres accueille l’exposition Another Kind of Life : Photography on the Margins réunissant des œuvres photographiques portant sur les sous-cultures et les communautés alternatives. Archives, coupures de magazines, films rares, impressions vintage ou contemporaines… Plus de 300 œuvres datant des années 50 à nos jours invitent à la réflexion autour des thèmes du genre, de la sexualité et des minorités de façon plus générale. De ces portraits des subcultures naît, au fil du temps, une métamorphose : celle de l’attitude sociale à l’égard des marginaux.

 

“Je m’intéresse à ceux qui n’ont pas eu de chance et je raconte leur histoire.”

 

 

En 1983, la photographe new-yorkaise Mary Ellen Mark (1940-2015) présente Streetwise, histoire d’une rencontre avec Erin Blackwell, fillette prostituée dont l’enfance dérobée fut offerte très tôt aux rues de Seattle. Pendant trente ans, l’artiste suivra celle que l’on surnomme Tiny et dont le regard ne reflétera jamais l’âge : “Je m’intéresse à la réalité, je m’intéresse à la survie, expliquait Mary Ellen Mark, je m’intéresse à ceux qui n’ont pas eu de chance et je raconte leur histoire.” À des milliers de kilomètres de là, Paz Errázuriz immortalise une communauté de prostitués transgenres qui officient dans un hôtel de passe du Chili. Nous sommes dans les années 80 et sa série Adam’s Apple (1982-1987) est à la fois un pied de nez et le risque dément pris par un photographe téméraire. Car le général Augusto Pinochet règne en maître, chef suprême d’une nation adossée à la cordillère des Andes. Persécutées et brutalisées par les forces de police, les communautés à l’identité sexuelle alternative seront suppliciées sans jamais devenir des martyrs.

 

Une dizaine d’années plus tôt, le photographe britannique Chris Steele-Perkins capturait la vie, les amours, et le style des Teddy Boys dans sa série The Teds. Épicentre de cette sous-culture des années 1950, la ville de Londres, principal témoin des actes violents de ces gangs de jeunes puisant leurs codes vestimentaires dans l'élégance édouardienne. En veste longue à col en velours, pantalons cigarette, gomina et creepers, sur leurs motos anglaises, galvanisés par un souffle rock, les Teddy Boys ont mauvaise presse. De son côté, le Suisse Walter Pfeiffer, grand ponte de la photographie documentaire des années 1970 invite son jeune ami transsexuel Carlo Joh sous son objectif. Maîtres mots de cet artiste underground : l’érotisme et l’iconographie gay. À Zurich, sa muse sera un homme.

 

À travers différents regards, Another Kind of Life : Photography on the Margins revient ainsi sur l’histoire d’hommes et de femmes interdits de parole. Une poignée d’individus concernés par le mouvement des droits civiques déclenché par la communauté afro-américaine mais qui regroupa les Amérindiens, les Hispaniques et les Asiatiques. Les jeunes. Ls mouvements pacifistes. Les pauvres. Les femmes. Les prisonniers. Et d’autres laissés pour compte : les gays et les lesbiennes, les écologistes, les personnes âgées et les personnes physiquement différentes.

 

Another Kind of Life : Photography on the Margins, Barbican Art Gallery, du 28 février au 27 mai.